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Chapitre 10


~Sentiments naissants ~

En plein milieu de l’après-midi, on frappa à la porte :

- Monsieur, c’est Kitamura. annonça le secrétaire en entrant dans le bureau.
- Qui y a-t-il Yûji ?  répondit Kaname, assis derrière son bureau.
- Je vous rappelle que c’est l’heure d’organiser votre planning pour la semaine à venir.
- Ah ! C’est vrai. continua-t-il en passant la main dans ses cheveux.
- Vous semblez exténué, vous devriez vous reposer un peu.
- Je le ferai dès que j’aurai terminé ce travail mais pour le moment il me reste beaucoup à faire. dit-il tout en se replongeant dans son dossier.
- Vous avez le temps, rien ne presse.

Le directeur ne prêtait déjà plus aucune attention à son interlocuteur, celui-ci, ennuyé, déclara pour le faire réagir :

- Monsieur, nous avons reçu un fax du Directeur de l’entreprise de paysagisme. Il fait mention des employés qui seront mis à notre disposition pour le fameux projet.

Kaname releva la tête, intéressé :

- Enfin ! Et est-ce qu’« il » sera parmi eux ?
- Oui, comme vous l’aviez ordonné, son supérieur l’a désigné comme chef du projet.
- Bien fit Kaname alors qu’un sourire malicieux vint se dessiner sur son visage, en gardant cet air satisfait, il boucha son stylo et se leva, son secrétaire s’en étonna :
- Monsieur, où allez-vous ?
- Je sors.
- Mais nous n’avons pas mis à jour votre agenda, rappela-t-il.
- Nous le ferons une prochaine fois, j’en ai fini pour aujourd’hui.
- Mais…

À ce moment, le téléphone sonna, le secrétaire s’empressa de répondre tournant ainsi le dos à son supérieur. Celui-ci profita de cette occasion pour s’éclipser en silence.
Quand Yûji remarqua la disparition de son employeur, il se blâma lui-même d’avoir accepté un travail auprès d’une telle tête de mule et raccrocha le téléphone.

C’est désespérant ! Bien que le patron soit un vrai bourreau de travail, quand quelque chose l’intéresse, il n’hésite pas à tout planter sur place en me mettant toujours dans ce genre de situation délicate, se dit-il.

Il retourna finalement vaquer à ses occupations, Yûji savait que son patron avait la manie de ne revenir de ses escapades qu’une fois qu’il était satisfait et ne s’en inquiéta donc pas plus longtemps.


******

Kaname s’était rendu en centre-ville, attablé en terrasse, il buvait tranquillement un café. Comme à chaque sortie en public, il ne passait pas inaperçu, que ce soit les hommes ou les femmes, tous avaient le regard ancré sur lui. Afin d’échapper à ces regards pesants, Kaname sortit un livre de poche et se mit à lire. L’homme avait l’habitude d’attirer l’attention et agissait toujours de façon désintéressée face à cela.

Ce jour-là, une admiratrice décida de passer à l’action, c’était une des serveuses, elle lança plusieurs offensives de façon à débuter une conversation mais Kaname ne réagissait que par de petits hochements de tête ennuyés, elle commença à perdre patience et allait poser sa main sur l’épaule du bellâtre quand une voix s’éleva dans la rue, ils levèrent tous deux la tête et virent un homme magnifique saluer Kaname de la main et se diriger dans leur direction. Sa chemise était légèrement entrouverte et il portait dans sa main une veste de marque. À son arrivée, la serveuse se sentit gênée et s’en alla.

Il s’arrêta juste devant la table de Kaname et s’écria :

- Je rêve, que fais-tu dans un endroit comme celui-ci et à cette heure de la journée ?
- Il n’y a rien qui m’interdise de profiter du beau temps en appréciant un café que je sache, dit-il tout en remettant le livre dans la poche de sa veste.
- Ce n’est pas la peine d’être si dédaigneux, c’est juste inhabituel de te voir dans ce genre de lieu, surtout entouré de personnes qui te scrutent de la tête aux pieds.
- Je te retourne la question, que fais-tu là ? Je croyais que tu étais en voyage d’affaires en Allemagne.
- Je suis rentré aujourd’hui. Je m’apprêtais à rejoindre mon hôtel quand je t’ai vu.
- Viens-en aux faits. Pourquoi es-tu là, Kazumi ?

Tranquillement, comme si on l’avait invité, il prit un siège et entama la conversation.

- Dans le monde de la nuit, des rumeurs circulent sur toi ; l’une d’entre elle m’a… comment dire… surprise !
- Ne me dis pas que tu crois à cela ?
- Bien sûr que non, mais là, je me pose des questions et par la même occasion, j’aimerais que tu me confirmes quelque chose.
- C’est pour ça que tu es là ? Et que veux-tu que je te confirme ?
- Est-ce vrai que tu as largué Yan car tu as trouvé mieux ailleurs ? Kaname esquissa un large sourire, ce qui confirma les doutes de Kazumi. Il savait quel genre de personne était son ami d’enfance, inaccessible, incompris de tous, y compris de lui-même. La famille de Kazumi faisait partie du cercle d’amis très fermé de celle de Kaname. C’est comme cela qu’ils avaient grandi ensemble.

- Alors c’est vrai ?! Qui est-ce ?! Quelqu’un que je connais ?!
- Pourquoi es-tu si curieux ? Jusqu’à présent, tu ne t’es jamais mêlé de ma vie privée et encore moins reproché mon mode de vie alors pourquoi maintenant ?
- Là n’est pas la question, tu te rends compte de ce que tu fais, au moins ? Yan t’aimait sincèrement et toi, tu le largues du jour au lendemain, sans explication ! Sais-tu dans quel état je l’ai retrouvé ?!
- Non dit-il nonchalamment.
- Il a fait une tentative de suicide !
- Et tu voudrais que je me sente coupable de cela ? Arrête de le prendre en pitié, il est le seul responsable.

Excédé par l’attitude de Kaname, Kazumi frappa la table du poing.

- Jusqu’à maintenant, j’ai accepté cette part de toi aussi horrible soit-elle, mais là, je ne peux pas rester les bras croisés ! Tu n’as aucune considération pour les personnes avec qui tu couches ! Pour toi, ce sont juste des objets que tu utilises comme bon te semble et une fois que tu en as assez, tu les jettes comme cela !
- Je ne t’oblige pas à me supporter et puis, au vu de ta réaction, je vois qu’il ne t’a pas dit la vérité.
- Quelle vérité ? Ce que je sais, c’est que tu l’as largué sans ménagement !
- Je n’arrive pas à croire que tu l’aies pris en affection. Continueras-tu à le chérir tout en sachant ce qu’il a fait ?
- Et qu’a-t-il fait pour que tu le quittes ?
- Ton « protégé », en dehors de moi, sortait avec un de mes clients.

Cette révélation coupa net Kazumi dans son élan, imaginer Yan en train de tromper Kaname, lui paraissait inconcevable.
Kazumi avait rencontré Yan qui était serveur dans un de leurs clubs privés. Au début, ce n’était qu’un flirt et par la suite, il lui avait annoncé qu’il était amoureux et qu’il souhaitait sortir avec Kaname. Kazumi l’avait prévenu dès le début de l’attitude de son ami. Selon lui, il ne lui convenait pas, il risquerait de souffrir mais malgré ses avertissements, il sortit avec.
Kaname ne ressentait pas de sentiments pour lui, c’était juste un partenaire comme tant d’autres avec qui il partageait son temps et ses nuits.
Il savait que Yan était un être convoité, et l’avoir pris pour amant ne faisait qu’accentuer la jalousie des « habitués » du club qui rêvaient de le posséder. Il n’avait pas idée que celui-ci, malgré son soi-disant amour qu’il éprouvait pour lui, irait voir ailleurs ! Quelle ne fut pas sa réaction quand il découvrit que c’était avec un de ses clients ! Passé le choc, ce qui l’horripilait était le fait que sa vie privée ait été mélangée avec son travail. Il mettait pourtant un point d’honneur à ne pas mélanger les deux !

- Yan regrette sûrement son comportement, il t’aime et il voudrait que tu lui pardonnes. Et puis, d’abord, tout est de ta faute ! C’est toi qui l’as poussé à faire cela ! Tu es froid avec lui et la seule fois où tu daignes t’intéresser à lui, c’est quand vous couchez ensemble.
- Tu es venu jusqu’ici pour plaider sa cause ? Tu as bien du temps à perdre Kazumi ! Je ne ressens rien pour lui et je n’ai d’ailleurs jamais ressenti quoique ce soit ; la seule chose qui nous connectait était nos corps et rien de plus. J’ai été clair là-dessus, dès le début de notre relation.
- Je savais que tu étais cruel mais pas à ce point !
- Si tu le plains tant que cela, tu n’as qu’à sortir avec lui, d’après mes souvenirs, tu en pinçais pour lui, non ?

Devant cette provocation, Kazumi sentit son sang bouillonner, il n’avait qu’une envie, frapper Kaname ! Il était vrai qu’il avait eu le béguin pour Yan mais il avait abandonné quand celui-ci lui avait annoncé son amour pour son ami. Dès lors, il s’était noyé dans le plaisir de la chair avec ses différents amants. Il finit par abandonner Yan et retrouva l’amour auprès de quelqu’un d’autre. Yan et lui n’entretenaient que des relations amicales.

- Je t’ai toujours respecté mais là, ça va trop loin ! Tu l’as laissé tomber pour je ne sais qui, et tu comptes filer le parfait amour comme ça, sans te soucier du mal que tu as fait ?!
- En quoi est-ce mal ? Je n’ai rien à me reprocher et je te trouve mal placé pour me faire des leçons de morale. Je vais te le dire clairement… je ne l’ai jamais aimé, pas même une seule seconde ! C’est clair, maintenant ?!
- Si tu ne l’aimais pas alors pourquoi avoir accepté de sortir avec lui ?
- Ça ne te regarde pas. La discussion est close, dit-il d’un ton tranchant.

Kaname se leva, sortit de sa veste son portefeuille et déposa sur la table le montant de sa consommation puis s’en alla, laissant en plan son invité. Celui-ci, non content d’être ainsi ignoré se leva à son tour et l’attrapa par le bras. Kaname ordonna à Kazumi de le lâcher mais  celui-ci refusa net. Il n’était pas décidé à le laisser filer comme cela sans se soucier des conséquences de son comportement.

- Lâche-moi !
- Je ne te lâcherais pas tant que tu ne te seras pas excusé auprès de lui.
- Tu es sourd ou quoi ?! Je t’ai dis que cette conversation était terminée ! dit-il d’un ton dur qui glaça le sang de Kazumi, c’était la première fois qu’il le voyait réagir ainsi. Il comprit aussitôt que Kaname était sérieux avec « cette personne » et qu’il n’avait pas l’intention de retourner auprès de Yan et finalement, il relâcha son emprise et le laissa partir.

******

1 mois plus tard,

Les paysagistes travaillaient dur sur la réalisation du jardin. Ils essayaient de remplir la tâche qui leur avait été confiée, espérant ainsi mettre en valeur leur entreprise.
Les quelques ouvriers du bâtiment qui étaient là pour faire les finitions du chantier ne comprenaient pas pourquoi on avait fait appel à ces jardiniers, les jugeant incompétents et ils pensaient qu’ils n’avaient pas leur place sur un projet tel que celui-ci. Pourquoi faire appel à des hommes qui les ralentiraient avec leur main verte ? Cela créa de nombreuses tensions entre les artisans, ce qui valait par moment l’intervention du chef de chantier. Fujinami se conduisait en leader exemplaire auprès de ses co-équipiers, Ran lui vouait une admiration sans borne et pour cause ! Il représentait son idéal : une bonne stature, quelqu’un sur qui on pouvait compter… Il fut la première personne qui lui adressa la parole lors de son embauche. Il n’était pas habitué aux relations humaines et préférait ne pas se mélanger aux autres. Fujinami était quelqu’un avec qui il était à l’aise, il n’allait pas plus loin quand il savait que cela l’ennuyait. Son second l’invitait de temps en temps à boire, l’écoutait et lui prodiguait des conseils quand cela n’allait pas.
Ran, quant à lui, développait un complexe, il détestait son corps. Il était fin et avait un visage délicat qui contrastait avec son âge, cela lui valait le manque de respect des ouvriers qui ne voyaient pas en lui l’âme d’un meneur.
Tracassé par cela, il commit de nombreuses erreurs dans son travail, ce qui n’aida pas à calmer l’animosité qui régnait.
Il en parla avec Fujinami qui prit les devants en décidant de parler à Kaname. Il se rendit au local, mis à disposition pour le Directeur des travaux. Il toqua à la porte mais personne ne répondit. Des collègues qui passèrent par là, l’informa qu’il n’était pas là mais que s’il avait de la chance, il le trouverait peut-être à son bureau.

******

Il entra en fracas dans le bureau et tomba nez à nez avec le secrétaire qui était assis à taper un rapport sur son ordinateur. Celui-ci lui demanda ce qu’il voulait, son interlocuteur lui répondit qu’il souhaitait s’entretenir avec son employeur. Le secrétaire lui apprit qu’il n’était pas là et qu’il ne savait pas quand est-ce qu’il rentrerait et que s’il voulait discuter avec lui, il fallait prendre rendez-vous. Il ne recevait pas les gens comme cela.

Furieux, Fujinami expliqua qu’il avait dû se déplacer pour se rendre à ce bureau, ce qui n’était pas la porte à côté. Mais il n’était pas là, et pour couronner le tout, pour pouvoir le voir, il fallait prendre un rendez-vous comme s’il ne s’agissait que d’un simple client.

-Vous ne pouvez pas prévenir Monsieur Jitsuryoku que la situation sur le terrain est en train de se dégrader. Le chef de projet est pris à partie par les ouvriers, ils veulent que nous quittions le chantier. dit-il avec une voix chargée de colère.
- Je lui ferai la transmission.
- Non mais c’est quoi ça, il demande à ce que l’on s’occupe de son jardin et il n’est pas là ! Après, on dit que c’est un architecte de renommée internationale !
- Je suis désolé, Monsieur, termina le secrétaire avec son ton froid.

Dépité, le plaintif s’en alla. Après son départ, le secrétaire se précipita sur le téléphone et tenta de joindre son supérieur mais malheureusement, il tomba nez à nez avec sa boîte vocale. Ennuyé, il décida de retenter sa chance plus tard.

******

La nuit a recouvert la ville de son manteau noir…

Kaname franchit le pas de la porte d’un club privé, le genre de club destiné à une clientèle aisée, bien gardé par des hommes de sécurité des plus imposants.
Il y avait de nombreux hommes d’affaires répartis dans les carrés VIP, ainsi que des femmes qui dès son apparition se ruèrent vers Kaname. Afin de leur échapper, il se dirigea au bar et commanda un whisky sec.
Il était fatigué, ces dernières semaines furent éprouvantes, il avait travaillé sans relâche sans prendre de repos afin de terminer le fameux jardin.
Il était venu ici dans l’idée de se remettre de cette journée, et se posait des questions. Ça faisait un mois qu’il avait Ran à ses côtés mais rien n’avait changé. Le paysagiste persistait a refusé ses sentiments et pire encore il semblait être plutôt proche de son collègue, Fujinami. Kaname était conscient de l’attirance de celui-ci pour Ran, il trouvait étrange que celui-ci ne s’en soit pas rendu compte depuis longtemps.

Il est mignon mais parfois long à la détente pensa Kaname qui aussitôt lâcha un profond soupir devant la candeur du jeune homme.

Son projet commençait à l’éloigner de lui. Il passait son temps entre son bureau et ses déplacements extérieurs. Il avait délégué son travail à son équipe.
Il se dit que si cela continuait ainsi, il n’allait pas attendre indéfiniment que Ran soit sien, qu’il le deviendrait de gré ou de force et qu’importe ce qu’en penserait l’intéressé ! Il y avait des limites à sa patience surtout quand il savait que l’homme de ses désirs était convoité de toute part !
Sitôt après avoir pris ses résolutions, un jeune minois apparut devant lui et essaya de débuter la conversation. Au bout d’un certain temps, il demanda de façon innocente si Kaname était seul, celui-ci le scruta de la tête aux pieds et bien que le jeune homme soit mignon, Kaname ne ressentit pas le besoin de sa compagnie. Il se leva et partit. Le jeune homme ne comprit pas sa réaction et le rattrapa :

- Vous êtes à peine arrivé et vous repartez déjà. Je ne suis pas à votre goût, c’est ça ?

Kaname tourna légèrement sa tête et déclara :

- Je ne suis pas intéressé, si vous désirez tant que cela un partenaire, pourquoi ne pas proposer vos services aux autres clients ? Ils seront ravis de vous satisfaire, sur ce excusez-moi.

Sur ces paroles, il partit sous les yeux ahuris du jeune homme qui était surpris de s’être pris un râteau.

******

Kaname roula un bon moment dans toute la ville afin de se vider l’esprit. Il se gara près d’une ruelle légèrement éclairée et alluma son portable qu’il avait éteint pour ne pas être dérangé. Il vit qu’il avait loupé de nombreux appels, principalement de Yûji. Il le rappela pour connaître la raison de ses appels. Le téléphone sonna à l’autre bout du fil, l’interlocuteur décrocha :

- Cabinet Implex ? Bonsoir. Déclara-t-il.
- C’est moi.
- Monsieur ! s’écria Yûji, avant de reprendre une voix posée. Où étiez-vous !? J’ai essayé de vous contacter mais je tombais à chaque fois sur votre boîte vocale ! Qu’est-ce qui vous prend de disparaître comme ça ! Savez-vous dans quel pétrin vous me mettez !?
- Je suis là maintenant, quelle est la raison de ces appels ?
- Monsieur Fujinami de l’entreprise de paysagisme est venu au bureau cet après-midi, pour vous prévenir de soucis qu’il rencontrait sur le chantier. D’après lui, les employés du bâtiment n’apprécient pas que les paysagistes travaillent sur leurs plates-bandes.
- Et ce Fujinami ne pouvait pas régler ce problème seul ? Il devrait avoir suffisamment d’expérience pour arranger ça.
- Je sais bien mais…
- Mais quoi ? Qu’y a-t-il encore ?
- C’est que cela concerne aussi Monsieur Ouka.
- Comment cela ? Explique-toi clairement !
- Les ouvriers l’ont pris à parti et ils n’ont aucun respect pour lui. Et pour couronner le tout, nous avons droit à des bagarres ! Qu’allons-nous dire à notre client ?! Que son terrain s’est transformé en champs de bataille ?!
- Calme-toi, Yûji, je vais arranger, ça. De ton côté, contacte le chef de chantier et mais les choses au clair avec lui.
- Bien et que faisons-nous pour Monsieur Ouka ?
- Je vais m’en charger, dit-il le sourire aux lèvres. Il aurait préféré rencontrer le jeune homme dans d’autres circonstances mais le fait est que non.
- Bien, je vous recontacterai, répondit le secrétaire avant de raccrocher.

Il remit son portable dans sa poche et démarra.
Avant de résoudre ce problème, il devait se rendre sur le terrain afin de récupérer des documents qu’il avait oublié dans le local.

******

Ran avait les mains maintenues au sol par deux des ouvriers et était bâillonné avec un vieux tissu. Un autre homme du groupe était accroupi derrière lui et lui maintenait ses jambes tout en défaisant la boucle de la ceinture de son pantalon. Il défit sa braguette et lécha le sous-vêtement de la jeune victime. Un autre était en train de s’occuper de son torse sous les yeux des quelques autres compères, exaltés d’être aux premières loges pour assister à ce « spectacle ».
Les yeux emplis de larmes, Ran essayait de se débattre. Mais à chaque fois qu’il tentait de s’extirper de cette emprise, un des hommes le frappait au visage pour qu’il reste docile.

-Alors, vous appréciez ce que l’on vous fait Monsieur « le chef du projet » ?
-Bien sûr qu’il apprécie ! Tu ne vois pas la tronche qu’il arbore !? Il n’attendait que ça !
-Putain, il me donne envie de le faire ! dit l’un des agresseurs, les joues empourprées par le désir que lui procurait sa victime.
-Tu n’es pas le seul, j’ai envie de m’le faire aussi, s’écria un autre qui se masturbait devant le visage en larmes de Ran.

Ne pouvant plus se contenir, l’un des hommes qui s’occupait de la partie inférieur de Ran, passa à l’attaque et se débarrassa du seul vêtement qui « protégeait » l’intimité du jeune homme.
À bout de souffle, il approcha son sexe de l’entrée du jeune homme qui se débattait malgré les coups violents qu’il recevait afin d’éviter cette agression.

******

Il faisait sombre, les quelques lampadaires qui avaient éclairé les pas de Kaname ne l’avait pas beaucoup aidé. Soudain, il avait entendu des voix. Il s’était étonné de trouver quelqu’un à cette heure-ci, il n’aurait dû y avoir que le gardien et les agents de sécurité. Il avait décidé d’aller voir. Quelle ne fut pas sa surprise quand il avait découvert un petit groupe d’ouvriers entourant Ran.
Kaname assistait apparemment à un viol collectif. 
La simple idée que quelqu’un touche l’homme qu’il convoitait le mettait dans une colère noire. Il n’avait qu’une envie, le protéger.
Fou de rage, Kaname s’était jeté sur l’agresseur qui s’apprêtait à violer l’homme qu’il désirait. Ce dernier se retourna et reçu un coup de poing au visage. Le choc fut si violent qu’il se vit projeté à plus de 3 mètres.
Le mystérieux sauveur, tapi dans la pénombre, s’avança et la lumière des lampadaires laissa apparaître la silhouette de Kaname. Les agresseurs, pour la plupart bien bâtis et qui ne s’attendaient pas à être dérangés dans leur affaire, s’élancèrent sur l’intrus mais il parvint à esquiver leurs coups et par la même occasion à leur en porter. Ils furent mis KO en moins de deux !
Après s’être assuré que ses agresseurs étaient bien hors-service, il attrapa son téléphone et passa un coup de fil à son secrétaire afin qu’il règle la situation.
Une fois le téléphone raccroché, Kaname s’avança doucement vers Ran. Il était accroupi et la peur le gagnait à mesure que Kaname approchait.

- N’avancez pas ! hurla-t-il, tout en reculant.
- N’aie pas peur, je ne te ferais pas de mal.

Malgré ces bonnes intentions, Ran refusait que Kaname s’approche de lui et lui ordonnait de s’en aller. Kaname passa outre ses protestations et continua à avancer.

-Calme-toi, je suis là pour t’aider, approche, dit-il tout en tendant le bras vers le craintif.
- Vous mentez !  Vous êtes comme ces hommes, vous voulez me faire la même chose !
- Bien, dit-il avec un ton de résignation.

Il voyait Ran à moitié nu, recroquevillé sur lui-même, paralysé par la peur mais il refusait de le laisser ainsi. Il s’agenouilla près de Ran et le prit fermement dans ses bras, il posa la tête de son protégé contre son torse sans tenir compte de ses protestations. Kaname maudissait son impuissance, il était absent quand Ran avait été en danger. La colère et la rage le dominaient. Si ce n’était pas à cause du travail, il se serait fait un plaisir de leur régler leurs comptes mais pour l’instant, il devait s’occuper de Ran et faire en sorte que celui-ci comprenne qu’il ne lui voulait que du bien.
Ran tremblait de tout son être, il venait de l’échappée belle mais Kaname remarqua que celui-ci voulait s’en aller et le serra encore plus fort. Ran, blottit contre la poitrine de l’architecte, entendait les battements du cœur de ce dernier et humait son parfum qui se mariait parfaitement à sa carrure. Lentement, il laissa sa conscience de côté et la fatigue le gagna laissant l’homme s’emparer de lui. Et, en un rien de temps, il cessa de trembler. Ran devait bien le reconnaître, il devait beaucoup à Kaname, bien qu’il ne l’aimait guère. Il agrippa la chemise de son porteur et posa sa tête à l’emplacement de son cœur…
Une manière pour lui d’oublier ce qu’il s’était passé. Kaname constata que Ran s’était calmé et qu’il n’était plus effrayé, ni par lui, ni par son toucher.
Kaname était heureux de la confiance que le jeune homme lui portait, soudain, il entendit les lèvres de Ran murmurer quelque chose.

-Pourquoi êtes-vous là ? disait-il, les yeux gonflés par les larmes qu’il avait versées plus tôt.
-Pour te voir, dit-il le regard amusé par le trouble de Ran. En réponse à cela, le jeune homme se mit à rougir avec un air accusateur.

Si heureux que Ran ait repris du poil de la bête, il ne faisait plus attention à ce qui l’entourait et ne vit pas l’assaillant qui arrivait dans son dos avec une barre en fer dans les mains. Quand il s’en rendit compte, Kaname baissa la tête et protégea Ran en l’appuyant contre son torse. Au moment où la barre allait s’abattre sur son dos, une ombre apparue devant lui, para l’attaque et porta un violent coup à l’abdomen de l’homme qui s’effondra par terre.
L’architecte releva la tête et vit son secrétaire, accompagné des hommes de la sécurité. Yûji se tourna en direction de son supérieur.

- Vous êtes blessé, Monsieur ?
- Tu en as mis du temps, Yûji ! Une seconde de plus et c’en était fini de nous ! le sermonna-t-il.
- Veuillez m’excuser, la discussion avec le contremaître a duré plus de temps que prévu, j’ai essayé de faire au plus vite.

Les hommes de la sécurité s’empressèrent d’emmener les perturbateurs avec eux. Il ne restait plus que Kaname, Ran et Yûji.

- A-t-il fait le nécessaire ?
- Oui, Monsieur.
- Bien, je te laisse t’occuper du reste. dit le patron en regardant Ran qui s’agrippait aux plis de sa veste encore effrayé par ce qu’il venait de se passer. Il l’enleva et la posa sur les épaules de Ran.
- Bien, Monsieur. Voulez-vous que je le raccompagne chez lui ?
- Ce n’est pas nécessaire, je vais l’emmener chez moi.

En entendant cela Ran pesta. Soit, il lui avait sauvé la vie et il l’en remerciait mais il était hors de question qu’il aille chez lui ! Il s’apprêta à riposter quand Kaname lui fit remarquer qu’il n’était pas en position de se débattre. Il objecta qu’avec ce qu’il avait vécu, il était préférable qu’il le raccompagne. Ran réfléchit un instant et finit par donner raison à Kaname, il avait encore la peur au ventre à l’idée de rentrer seul chez lui car les ombres de ces hommes le tourmentaient et apparaissaient encore clairement dans sa tête. Kaname souleva Ran, qui fut gêné d’être traité ainsi, et il l’emmena dans sa voiture.

3 Réponses à “Chapitre 10”

  1. Allennaruto Dit :

    Super^^ j’aime beaucoup ce chapitre, ma partie préférée c’est quand Kaname arrive pour sauver Ran^^

    Répondre

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