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Chapitre 6


~Un étrange jardin~

Une trentaine de minutes plus tard, de retour au grand bassin.
Ran était immergé dans une eau parfumée aux fleurs de cerisier, conformément aux directives de son ravisseur.
Tout ici était étrange, que ce soit du point de vue de l’architecture, ou des résidents – en passant par les domestiques jusqu’à ce fameux Maître. En dehors de ces personnes, il ne semblait pas y avoir de gardes dans les nombreux couloirs sinueux qui menaient on ne sait où.

  ******

Après mûres réflexions sur la façon de s’échapper de cette prison, il se leva brusquement.
Les gouttes d’eau telles des perles de nacre, issues des plus beaux coquillages, ruisselaient de ses magnifiques cheveux bruns de la douceur de la soie jusqu’au bas de sa taille le rendant encore plus séduisant.
Frigorifié, il attrapa le peignoir que les servantes avaient déposé, aux abords du bassin, sur un banc en marbre rose, avant de quitter le jardin extérieur.
Une fois qu’il eut terminé de nouer sa ceinture, il se dirigea vers la porte par laquelle il était entré et que la domestique en chef avait fermée après être sortie. Il posa sa main sur la serrure, puis l’abaissa mais la porte ne céda pas, celle-ci avait été verrouillée. Ran se sentit alors désespéré, ses espoirs de liberté venaient de s’envolés.
Il aperçu un reflet dans le carreau de la porte vitrée ; à l’extrémité du jardin, se trouvait une porte en bois vieillie sous les effets des  intempéries, qui était à moitié dissimulée par une branche de lierre.

En peignoir et pieds nus, Ran se mit à courir, bien décidé à ne pas laisser cette nouvelle chance de liberté lui glisser entre les doigts.
Cette fois-ci, la porte s’ouvrit puis le jeune homme glissa la tête par la porte entrebâillée.
Après s’être assuré qu’il n’y avait personne  aux alentours, il profita de cette occasion pour filer !
Sur la pointe des pieds, Ran emprunta alors, un long couloir. Le sol était recouvert d’une moquette rouge, avec de tout petits motifs dorés.
Les murs quant à eux, possédaient de superbes boiseries jusqu’à mi-hauteur, au dessus, une magnifique toile les agrémentait. Enfin, des chandeliers électriques illuminaient ce lieu qui semblait s’étendre à l’infini.
Au même moment, des domestiques en pleine discussion surgirent d’un autre couloir. Prit de panique, il poussa l’une des nombreuses portes qui se trouvait derrière lui et se cacha.

- Tu as entendu la nouvelle ?
- Quelle nouvelle ?
- Il paraît que l’amant du Maître est là.
- Non ?! Il est vraiment là ?
- Oui ! Je t’assure.

Caché derrière la porte, Ran ne perdit pas une miette de cette conversation qui lui fut forte instructive.

Alors comme ça, son amant est là : Je me demande qui ça peut-être ?  Bon peu importe ce qui m’intrigue, c’est le tableau qui se trouve dans la chambre. Comment cet inconnu a-t-il obtenu les détails lui permettant de retranscrire cette scène ? s’interrogea Ran.

- D’après Monsieur Aoyama, il est absolument magnifique ! Sa peau est si blanche et si douce.
- J’aurais aimé le rencontrer ! Il parait qu’il est imprégné de l’odeur des cerisiers en pleine éclosion.
- Ah bon ?! Cela doit d’autant plus susciter l’intérêt du Maître à son encontre.
- Oui, d’autant plus qu’il aime tout particulièrement les effluves, qui se dégagent de cet arbre au printemps.
- Puisque  nous en parlons, où est-il ?
- Il se trouve justement dans le bain, les autres filles ne vont pas tarder à venir le chercher.
- Quelle chance cet homme a d’être aimé de notre Maître.
- Monsieur a l’intention de vivre ici avec son jeune amant pour le restant de sa vie, n’est-ce pas romantique ?
- Oui, j’aimerais bien, moi aussi, rencontrer quelqu’un qui m’aimerait comme c’est le cas pour le Maître.

Ran écarquilla les yeux à cette remarque et se pétrifia sur place.

Mais elles parlent de moi, là ?! D’après leurs explications, je serais donc l’amant de cet homme ?! Impossible ?! Je ne l’ai jamais rencontré de toute ma vie ?!

Submergé par cette révélation, il s’éloigna de la porte à reculons puis s’effondra.
Dans sa chute, il fit tomber un vase sur le sol.
Interpellées par le bruit, les domestiques firent demi-tour.

- Qu’est-ce que c’était que ce bruit ?
- Je n’en sais rien, mais le bruit semble venir de cette chambre dit-elle en pointant la porte du doigt.
- Allons voir ! ajouta une autre domestique.
- Et si c’était un cambrioleur ? fit remarquer la première, tout en positionnant son balai comme une arme, de façon à arrêter un éventuel criminel.
- Ne dis pas de bêtises ! Il n’y aucune chance que cela se produise, nous avons le meilleur service de sécurité au monde.

Elles approchèrent lentement en direction du jeune homme qui était toujours inconscient sur le sol. Une des domestiques tourna lentement la poignée de la porte puis, tout doucement l’entrebâilla. C’est alors qu’un autre bruit retentit.
D’un coup, une forme blanche sortit à toute allure, par la petite ouverture. Cette forme mystérieuse longea les jambes des domestique pour se positionner derrières elles.
Les domestiques se retournèrent, et là devant elles, un chat au pelage blanc immaculé telle la neige, les regardait avec ses grands yeux bleus semblables à celui du ciel.

- Oh ! Mais ce n’est que Sora ?! Tu nous as fait une belle frayeur ! Mais que fais-tu là ? dit elle en se tournant en direction du chat.
- Regarde ! Le vase brisé ! C’est sûrement ce que nous avons entendu plus tôt. Vilaine bête ! Regarde ce que tu as fait.
- Pendant un instant, j’ai cru qu’il y avait quelqu’un ! Allez Sora ! Nous te ramenons auprès de Monsieur Aoyama.

Elles prirent le chat et s’en allèrent dans un couloir se situant un peu plus bas.

******

Pendant ce temps, Ran reprit légèrement conscience.

Aie ! Ma tête ! Tiens, je n’entends plus rien, elles ont dû partir. Je remercie le bon Dieu que ce chat ce soit trouvé là, il a pu faire diversion. Je quitterai ce lieu qu’ils le veuillent ou non ! pensa Ran.

Le jeune homme se leva et ouvrit légèrement la porte, laissant ainsi entrevoir un couloir vide.
Avant de partir, il s’assura de nouveau que personne ne se trouvait là, et d’une traite courut sans se retourner.

******

Quelques minutes s’étaient écoulées depuis son évasion, et Ran ne trouvait toujours pas la sortie.

Je déambule depuis tout à l’heure et toujours rien ! C’est à croire que je ne  sortirais jamais d’ici !

Malgré ses nombreuses protestations, il continua son périple. Quand, soudain, il tomba sur une des rares portes de cette aile, qui n’était pas verrouillée. Ran l’ouvrit et se retrouva ainsi dans un petit hall d’été .
À peine était-il entré, qu’il entendit des bruits de pas, et des voix qui semblaient venir dans sa direction. Des hommes de mains s’étaient rendu compte de sa disparition et partirent à sa poursuite.

- Trouvez-le !
- Oui !
- Mais Monsieur, nous n’avons aucun moyen de savoir où il se cache.
- Qu’importe ! Il finira bien par sortir de son trou quand la faim et la fatigue le submergeront.
- Et que faisons-nous s’il ne sort pas ?
- L’échec n’est pas de mise ici ! Dépêchez-vous ! Nous n’avons pas une minute à perdre en explications futiles ! ordonna le plus gradé à ses hommes, qui partirent donc dans les différentes directions à la recherche du fugitif.

Sachant ce qui l’attendait à l’intérieur, et de peur d’être découvert, il recula tout doucement, sans un bruit. Se demandant encore combien de temps allait durer son calvaire et vêtu d’un simple peignoir, il sentit, tout à coup, un énorme courant d’air. Il s’avançait pieds nus, guidé par le vent frais, sans vraiment savoir où il allait. C’est alors qu’il s’aventura dans ce qui semblait être à première vue un jardin extérieur.
Ses pieds semblaient l’avoir mené jusqu’à un arbre majestueux, que le jeune homme contempla, sous tous les angles pour enfin y grimper malgré sa peur du vide.
Au cours de son ascension, il ne manqua pas de se blesser. Des coupures apparurent, de la plante de ses pieds jusqu’à sa cheville droite. Sur le moment, Ran n’y prêta pas attention, il était bien trop occupé à admirer les merveilles qui se dévoilaient sous ses yeux. À ce moment précis, l’instinct du paysagiste prit le dessus sur sa quête de liberté.

           ******        

C’est endroit est magnifique ! Je me demande qui l’entretien. En tous cas, elle a la main verte.

Ran s’exaltait devant tant de beauté et se demandait à qui pouvait bien appartenir une telle propriété.
Le jardin était divisé en deux, le jardin est qui se composait de terrasses avec des parterres de fleurs aux milles couleurs à dominante horizontale. Le tout était divisé en trois parties : une première comprenait une cour et une avant-cour, une seconde s’étalait du château pour rejoindre les petits canaux et la troisième s’étendait au delà des canaux. Et le jardin ouest, était délimité du jardin nord par une roseraie blanche, qui ajoutait poésie et légèreté à l’ensemble.
De là où il était, Ran pouvait entrevoir, la thématique du jardin : « l’amour ». Ce dernier, semblait être la prolongation des salons du manoir, qui, pour en profiter pleinement devait s’admirer depuis le belvédère. Ce jardin, composé de quatre carrés parfaits de buis, ayant chacun un sujet propre.
Dans le premier, des cœurs étaient représentés et séparés par des flammes.
Ran n’en revenait pas de l’ingéniosité de cette personne. Ce procédé lui permettait ainsi d’exprimer l’amour doux, les flammes incarnant le feu ardent qui anime deux êtres, deux cœurs.
La seconde parcelle quant à elle, représentait l’amour passionné, le tout est symbolisé par un immense un labyrinthe composé de deux espèces de Buis différentes dont une rouge, symbolisant la passion. À l’entrée et à la sortie de ce labyrinthe, se trouvait deux magnifiques rosiers bleus sculptés en forme de demi-coeurs brisés. La connexion des différents éléments de ce carré, témoignait de la complexité des sentiments.
Émerveillé devant le spectacle qui s’offrait sous ses yeux, et pour mieux contempler les détails des deux dernières parcelles du jardin ouest, Ran prit de passion, décida de changer de branches.
Mais à peine avait-il saisi la branche qui se trouvait au dessus de sa tête à l’aide de ces deux mains, que ces pieds glissèrent à cause du sang qui s’écoulait de ses plaies. Le jeune homme obnubilé par sa passion, avait oublié qu’il ne savait pas grimper aux arbres. Ce n’est, non sans peur et sans mal, que le jeune homme réussit enfin à se hisser sur la plus haute branche après plusieurs minutes éprouvantes.

Ouf, je me suis fait une belle frayeur !

Au centre du troisième carré, trônait un buffle, en topiaire, avec de longes cornes piétinant un immense cœur.

C’est la première fois que je vois cette technique utilisé au Japon. Étant dans le milieu, je sais que cette technique à but purement décorative, consiste à donner la forme que l’on veut à des arbustes en les taillants, mais ce procédé, est surtout utilisé en occident.
Cette parcelle symboliserait donc l’amour trompé, et d’après la taille des cornes, on peut supposer que ce méfait fut plusieurs fois répété. J’ai bien fait de prendre de l’altitude, d’ici je peux parfaitement admirer le quatrième et dernier carré, qui lui, sans aucun doute possible symbolise l’amour tragique. Constata Ran.

Cette dernière parcelle laissait dévoiler une forme humaine à genoux, au dessus d’un parterre de violettes représentant le mot « Love », qui lui-même était traversé de glaives de différentes tailles et composé de cactus et de ronces.
À la cime de son arbre, Ran n’en revenait pas du magnifique paysage qui se trouvait sous ses yeux. Il reprit ses esprits et jugea bon qu’il n’était plus nécessaire de rester ici car tôt ou tard, les gardes finiraient par le trouver. Il descendit donc, dans le plus grand silence, branche après branche, puis arrivé à la dernière, et malgré sa peur, il sauta afin d’atteindre la terre ferme. Par la suite, il se dirigea au fond du jardin, lorsqu’il entendit des voix, venant de la porte qu’il avait précédemment emprunter.

- Nous l’avons cherché partout, Monsieur ! Mais il reste introuvable!
- Le seul endroit que nous n’ayons pas fouillé est celui-ci.
- Allons-y.

Au moment où un des hommes approcha sa main de la poignée, un autre de ses acolytes l’arrêta.Les autres se posèrent des questions sur ce geste. Pourquoi avait-il retenu son coéquipier ?

- Cet endroit nous est interdit lança un des gardes dans la foulée.
- C’est vrai! Monsieur nous a formellement interdit l’accès.
- Que faire ?
- Il n’y a pas à réfléchir longtemps, nous y allons! De toute façon, nous sommes obligés de fouiller ce lieu si nous voulons le retrouver.

Ils entrèrent donc dans ce lieu saint, ils regardèrent à droite et à gauche, à la recherche d’un quelconque indice pouvant témoigner de la présence ou  de la venue du fugitif en question. Puis, ils se dispersèrent. À leur approche, Ran se cacha dans les buissons, mais les gardes qui se trouvaient à proximité, ne remarquèrent rien. Ils décidèrent donc de partir, quand Ran en reculant marcha accidentellement sur une branche. Sous le craquement de bois, les gardes se retournèrent et allèrent en direction du mystérieux bruit, puis approchèrent lentement. Ran pétrifié de peur se demandait si sa dernière heure avait sonné, et si les gardes allaient le tuer, si jamais, ils remettaient la main sur lui. Un des gardes, dégagea lentement de la main, les feuilles qui l’empêchaient de voir. Celui-ci, ne  se trouvait plus qu’à quelques centimètres du fuyard, et que ce dernier tremblait de peur à l’idée d’être découvert. Soudainement, une main jaillit dans le dos du beau paysagiste, pour venir se poser sur ses lèvres et son nez. Celle-ci tenait un mouchoir imprégné de Chloroforme, obligeant ainsi Ran à inhaler et le conduisant par la suite a s’effondrer. Un mystérieux homme ramassa son corps inerte et l’emporta avec lui. Le garde ouvrit le buisson et ne trouva rien, ses compagnons décidèrent de s’en aller, jugeant bon que le prisonnier ne pouvait se trouver là.
Dans son subconscient, Ran se demandait si un jour il rentrerait chez lui et reverrait un jour son amant. Il se rappelait encore de la première fois qu’il l’avait rencontré.

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